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Sao, mon village

 

J’ai une longue relation avec Sao, un canton situé à une quarantaine de kilomètres de la capitale burkinabé. Le chef Naba Kaongo, également député, est un ami. SOS SAHEL avec l’appui constant et fidèle de la ville de Cholet anime depuis de nombreuses années une politique de développement local  novatrice.

J’ai rencontré des dizaines et des dizaines de villageois, nous avons beaucoup partagé ensemble. Mais je n’avais jamais osé m’introduire dans l’intimité d’une famille de Sao jusqu’au jour où… Jusqu’au jour où Abdoulaye Ouedraogo m’a ouvert grand les portes de sa concession.


Ce Ouedraogo – un grand nombre de personnes portent ce patronyme lié à l’origine de leur implantation au Burkina – habite le village même de Sao, 5 000 habitants environ, dans un quartier dit « du centre » plus officiellement appelé Nabigtenga et comptant une quarantaine de concessions, on parlerait en France de petites propriétés.

Il est né ici, son père et son grand père également. Agé de soixante ans à peu près, il a trois femmes - il est donc « riche » - et onze enfants. Le plus âgé a 27 ans, il est planteur en Côte d’Ivoire, le plus jeune 2 ans. Les autres ne sont pas loin, l’un est apprenti chauffeur, d’autres vont à l’école, deux ont obtenu le certificat mais traînent au village faute d’argent pour poursuivre. En quelque sorte une famille classique, moyenne. (...)

Ainsi va la vie moderne à Sao.  Abdoulaye, lui, n’a pas connu l’école, il est né paysan. Le métier lui plaît mais depuis quelques années le travail de la terre rapporte moins. Il cherche à faire autre chose sans savoir vraiment quoi.

Cette année il est particulièrement découragé car il a déjà dû acheter du mil pour faire « la soudure » (le joint entre ses besoins et sa production). Les terres qu’il cultive ont été inondées à l’occasion d’une grosse pluie dévastatrice. Il faut dire que notre agriculteur est un reconverti. Il descend de la famille royale du secteur et comme tel ne cultivait pas… puisqu’il était « chef ». Les temps ont changé, les enfants des chefs sont devenus trop nombreux et leurs sujets ne peuvent plus les nourrir. Alors les maîtres d’hier composent avec leurs anciens vassaux, quémandent des terres et, après palabres, obtiennent des petites parcelles souvent de piètre qualité.

Dans tous les pays du monde les seigneurs ont mis pied à terre.

La vie s’écoule lentement à Sao, les années se suivent et se ressemblent. Peu importe les règles et coutumes internationales, ici l’année ne commence pas en janvier mais toujours à la période des récoltes, au mois d’octobre. Après, c’est le ramadan, bien après c’est la saison des pluies, l’unique moment où l’on sème et cultive avec pour tout outil un âne et une charrue. (...)

Les crocheteuses du Potou  -  Achégour, cœur du désert